Le cannabis, un chemin vers les drogues dures ?

03/06/2021

Le débat houleux sur les risques potentiels du cannabis, discernons le vrai du faux

Les multiples opposants à la légalisation du cannabis affirment que cette décision pourrait causer un déplacement de la criminalité vers des substances bien plus dangereuses. La question se pose donc, légaliser le cannabis engendrerai un « report du trafic sur les drogues dures » selon Dupont-Aignan, président du parti Debout la France.

Ces affirmations font en effet écho à une théorie connue dans le monde du cannabis, la théorie de la « porte d’entrée », du « gateway » ou encore de « l’escalade » vers les drogues dures et la toxicomanie. L’idée se base sur la supposition qu’il existe un lien de causalité créer par le cerveau reliant la consommation d’herbe à la consommation de cocaïne, d’héroïne ou d’amphétamine.

Le terme de « gateway theory » est apparu lors de campagnes anti-drogue dans les années 1980, après que des études menées sur des rats aient conduit les scientifiques à penser que l’usage de cannabis prédisposait les individus à l’administration d’autres drogues selon un système de récompense humain.

Cependant, la députée Caroline Janvier explique qu’un rapport parlementaire, récemment rédigé à l’aide de ses collègues à la suite de nombreuses analyses et auditions, met en avant que « la voie de la légalisation avec un contrôle de l’Etat est la meilleure façon de protéger les Français ».

Lors d’une interview donnée le 18 Avril 2021, Emmanuel Macron évoque le sujet et appuie l’idée de Dupont-Aignan et d’autres en disant : « Je ne parle même pas des effets de glissements vers des drogues plus dures ». Dans le rapport de Caroline Janvier, la question est abordée et confirme plus ou moins ces propos avec certaines nuances : « Le report des trafics sur d’autres substances addictives ou d’autres activités délinquantes, comme le maintien d’un marché noir résiduel, sont effectivement en partie possibles, sinon probables : ils ont été constatés dans tous les pays ayant procédé la légalisation (…) »

C’est une crainte que l’on peut aussi retrouver chez les forces de l’ordre et de sécurité anticipant une stagnation voire hausse de la criminalité.

Dans un rapport datant de 2017 et complété en 2021, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies indique qu’aux Etats-Unis, après 5 ans de légalisation, « il semble que les activités des groupes criminels transnationaux n’aient pas fondamentalement été remises en cause ». De plus, ceux-ci étaient encore « largement investis dans le marché noir du cannabis » entrainant d’autre part « d’autres trafics afin de compenser les pertes économiques occasionnées par l’asséchement partiel de leurs débouchés ».

En effet, la légalisation du cannabis entrainera de manière presque certaine un trafic plus dense des drogues dures. Cependant, cela n’assure en aucun point que la consommation de ces substances connaitra une hausse car la théorie de l’escalade a été reconnue comme obsolète, faute de preuve.